Si elle est élue, Anne Hidalgo veut consacrer annuellement 5% du budget (71 millions d'euros) à l'investissement dans des projets qui seraient directement conçus, décidés et votés par les Parisiens pour qu'ils se "réapproprient les questions de la cité".

 

Si Anne Hidalgo (PS) est élue maire de Paris, la capitale se donnerait un petit air de Porto Alegre, la grande ville brésilienne pionnière de la démocratie participative. En cas d'élection, la candidate socialiste propose en effet que 5% du budget d'investissement de la ville de Paris, soit 71 millions d'euros par an et 426 millions sur l'ensemble de la mandature, soient « construits et décidés par les Parisiens directement ». Selon elle ce « budget participatif » devrait aider à lutter « contre le discrédit du politique en permettant aux citoyens de se réapproprier les questions de la cité via une forme de coproduction citoyenne ».

Pour ce faire, Anne Hidalgo a confié à Jean-François Martins, élu du MoDem qui a rallié la candidate, le soin de rédiger un rapport sur la faisabilité du dispositif en s'inspirant d'exemples à l'étranger. On trouve en effet des budgets participatifs non seulement dans 200 villes du Brésil mais aussi dans des métropoles comme Toronto ou Hambourg. Mais, avec 71 millions à disposition, le budget participatif de Paris serait le plus important au monde.

50 millions d'euros pour des projets de "proximité"

Jean-François Martins imagine quatre phases pour élaborer ce budget participatif. D'abord, il conviendrait de collecter les idées, de proposer des projets. Tout le monde pourrait y participer, via les conseils de quartier ou via internet. Ensuite, viendrait la phase d'expertise, de sélection et de négociation des projets. Un rôle dévolu aux services de la ville, aux associations, etc. Puis, interviendra la phase de décision, via un vote électronique ou la convocation d'un référendum local en Mairie. Enfin, le processus se terminera par une phase d'information sur le projet choisi et sur son évolution.

Très concrètement, le rapport de Jean-François Martins - dont les conclusions ont été reprises par Anne Hidalgo - imagine deux enveloppes. La première, dotée de 50 millions d'euros annuels, servirait à des projets de « proximité » dans les arrondissements (création d'une crèche, réaménagement d'un square, restructuration d'un carrefour, etc.... Etant bien entendu que si les concertations et les investissements seront localisés dans les arrondissements, la procédure d'adoption et de contrôle sera, elle, la même pour l'ensemble de Paris. Le calendrier des étapes de la procédure d'adoption s'étalerait entre novembre (recueil des projets) et juin (délibération et vote sur le projet retenu)

21 millions d'euros pour un "grand équipement" parisien

La deuxième enveloppe de 21 millions d'euros serait utilisée à l'échelle de Paris pour un « grand investissement » (création/rénovation d'un stade, d'une salle de spectacles, création d'une nouvelle piscine, d'une patinoire, d'une médiathèque, etc.). Pour ce "grand projet" la phase d'élaboration débuterait en septembre pour se conclure en juin par le choix du projet qui serait choisi, via un vote, parmi deux à cinq projets finalistes.

Déjà a Toronto... et à Grigny

Parmi les exemples qui ont inspiré Jean-François Martins et Anne Hidalgo, figure notamment Toronto. Dans cette ville canadienne, le montant des investissements via le du budget participatif s'élève à 9 millions de dollars canadiens (environ 5.950.000 euros) par exercice. Le budget est géré par des « Community housing », qui équivalent à des associations de locataires. Une forme de compétition est organisée entre les « Community housing » pour la désignation des projets, afin de stimuler l'inventivité. Les « Community housing » désignent ensuite des représentants pour le vote.

En France même, à Grigny (Essonne), 60% du budget du budget d'investissement est décidé de manière participative. Grigny est ainsi la ville en France la plus avancée sur le sujet.

Source: http://www.latribune.fr